dans les Alpes, la détresse des saisonniers privés d’emploi



La réouverture des remontées mécaniques apparaît de moins en moins probable cette saison en raison de la crise sanitaire. Privés d’activité, en chômage partiel ou sans aucune aide, les saisonniers font face à une détresse grandissante dans les stations alpines.

Sans remontées mécaniques, ils n’ont pas de travail. Des dizaines de milliers de saisonniers des stations de ski subissent cet hiver l’équivalent d’un plan social à grande échelle et à bas bruit qui accroît leur précarité habituelle. « On travaille dans l’ombre (…) et on se retrouve à être complètement démunis », raconte Amandine, 31 ans, qui dit désormais dépendre de sa famille pour se nourrir cet hiver. « On est des milliers à être comme ça, ça fait des mois que ça dure, et on ne sait pas où on va ».

A cause des remontées mécaniques à l’arrêt, les stations de montagne ont perdu l’essentiel de leurs touristes, et nombre d’employeurs n’ont pas embauché leurs salariés saisonniers, les privant ainsi du dispositif d’activité partielle, principal amortisseur social de la crise économique sans précédant provoquée par l’épidémie de Covid-19.

Amandine, qui préfère rester anonyme, disposait d’une promesse d’embauche depuis septembre dans une épicerie fine de Megève (Savoie), et s’est installée fin novembre avec son compagnon dans un appartement pour une prise de poste prévue début décembre. Son employeur repousse à deux reprises le début de son contrat. Il raconte alors « qu’il n’y a pas de fréquentation, et donc pas d’embauche » et « me dit ‘dès janvier, je te mets au chômage partiel' », poursuit Amandine, saisonnière depuis plus de cinq ans.

« Moi j’enquille, encore une fois, mais je lui fais comprendre que ça peut pas durer éternellement : on paye 900 euros de loyer sans revenus, j’ai équipé la voiture de pneus neige… ». Mais son employeur reporte à nouveau le début de son contrat et, mi-janvier, Amandine reçoit un SMS : elle ne sera pas embauchée de la saison. « Je suis hyper dégoûtée : je suis dans une situation plus que précaire, sans revenus, sans chômage, avec des frais énormes sur Megève ». Loin d’être seule dans cette situation, elle ne trouve aucun emploi de substitution.

Selon une première estimation, « 30 000 saisonniers, sur les 60 000 qui travaillent au moment des vacances de Noël, ont pu être embauchés », avait assuré début février la ministre du Travail Elisabeth Borne, précisant que les vacances de février, c’est habituellement 120 000 saisonniers. C’est donc 30 000 personnes – probablement beaucoup plus – qui se retrouvent piégés, comme Amandine, entre aides difficilement accessibles et absence de revenu.

« J’ai fait plusieurs démarches sur Pôle Emploi. Personne n’est capable de me répondre pour savoir si je peux bénéficier » de diverses aides – il lui manque une poignée d’heures sur son emploi de l’été 2020 pour toucher le chômage.

 

Retour chez les parents

A 23 ans, Coline a suspendu ses études et devait, cet hiver, être serveuse dans un restaurant de Courchevel mais elle a vu, elle aussi, son embauche repoussée et repoussée à mesure des échéances données au fil de l’eau par le gouvernement. Sans pouvoir toucher le RSA – elle a moins de 25 ans – ni bénéficier du logement lié à son travail, elle n’a vu qu’une solution : le retour chez ses parents en Normandie, où elle est parvenue à travailler trois semaines dans une usine agroalimentaire.

Selon Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat chargé du Tourisme, « autour des deux tiers » des salariés de l’hôtellerie restauration ont été recrutés en station, et 95% dans les remontées mécaniques.

Pour Antoine Fatiga, responsable régional des saisonniers pour la CGT, « les professionnels pipeautent les chiffres » et le gouvernement les reprend aveuglément. « Ce n’est pas validé sur les territoires, ni par les chiffres de Pôle emploi, ni par les préfets, ni par les professionnels eux-mêmes », ajoute-t-il. Selon son estimation, c’est plutôt « moins d’un tiers » des saisonniers de l’hôtellerie-restauration qui sont embauchés cet hiver, et 80% dans les remontées mécaniques.

Mathias, pisteur-secouriste de 30 ans, fait partie de ceux restés sur le carreau. « Persuadé » qu’il serait embauché dans sa station de Savoie en cours de saison, il n’a pas cherché d’autre travail et touche aujourd’hui 900 euros de chômage, comme sa compagne. « Franchement, on n’est pas les plus à plaindre », reconnaît-il, mais avec les charges, le loyer en station, etc…, « on est ric-rac ».

Une saison d’autant plus difficile que la vie de station, recherchée par beaucoup, est « en standby ». « Il y a comme un bouton pause dans la vie de tout le monde ici. On attend Macron ou Castex pour nous dire ‘c’est bon, vous pouvez aller travailler' ».

 





Source France 3

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