dans une vidéo, l’appel au secours d’une professionnelle du tourisme


Baisser les bras ou se battre? Alexandra est forte mais ce reconfinement lui donne le vertige. Son hôtel haut de gamme près d’Honfleur a ouvert au mauvais moment : 6 mois avant le Covid. Depuis, elle et son conjoint se débattent seuls et contre tous, « un appel au-secours » résumé dans une vidéo. 

« Je suis solidaire avec les libraires, ça n’est pas la question. Mais franchement, il n’y en a plus que pour eux, alors que ce reconfinement et les interdictions qui en découlent portent le coup de grâce à bien des entreprises. Non, il n’y a pas que les librairies qui souffrent. Je voudrais qu’on m’entende jusqu’au Palais de l’Elysée. Cette fois, on ne va pas survivre si on ne nous aide pas mieux. »
 

Moi mon quotidien, c’est 51 000 euros de charges fixes par mois (chauffage, prêt travaux, assurances, des emplois indispensables comme standardiste, gardiennage) et un fond de solidarité de 10 000 euros pour y répondre. L’été qui a bien marché va nous permettre de ne pas couler tout de suite. Mais deux fermetures en 8 mois après 12 mois d’existence, c’est dur

Alexandra Lorin, Les jardins de Coppélia

Elle garde le sourire et une énergie époustoufflante, Alexandra. Mais au-dessus de sa tête plane le risque d’une faillite dramatique pour elle et son mari qui ont emprunté beaucoup d’argent pour un projet de rêve : un hôtel de charme avec restaurant gastronomique dans un verger normand au coeur de la côte Fleurie, tout près de Honfleur et ses millions de touristes par an.

Le potentiel énorme de la région ne lui faisait prendre aucun risque sur le papier.  Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui son projet c’est aussi devenu l’incertitude du chômage partiel et du licenciement pour ses 30 salariés. « Des gens jeunes, talentueux et formidables qui ont cru en notre projet à l’image de notre chef cuisinier qui a décroché 2 toques au Gault et Millau, dès la première année d’ouverture. »  

Le printemps confiné a assombri le beau projet, mais ce re-confinement, c’est juste un cauchemar les yeux ouverts. Les problèmes se sont accumulés dans sa vie comme les couches de crème dans un mille-feuille, alors patiemment et méthodiquement, elle les résoud un par un. Mais jusqu’où pourra-t-elle encore aller ?

Après le confinement, on a eu deux mois, juillet et août, formidables, entre 80 et 100% d’occupation. C’est bien la preuve que le projet a du potentiel. Mais à la Toussaint, avec le spectre du reconfinement, on a replongé avant de refermer. Aujourd’hui notre hôtel c’est une multitude de bâches qui ont remplacé les clients. Il n’y a plus de vie, plus rien.

Alexandra Lorin

L’hôtel ne peut pas rester ouvert et vide, au prix de la journée sans client

© Alexandra Lorin

Son cri du coeur, son appel au secours, se résume en une vidéo publié sur les réseaux sociaux ces dernières heures.

Je voudrais que les pouvoirs publics réalisent ce que veut dire être chef d’entreprise à la date d’aujourd’hui. C’est pas être chef d’entreprise avant ! Il va y avoir une mort économique et si personne n’en prend conscience, on n’y arrivera pas. Arrêtons de nous réunir les uns après les autres. Il faut que le monde de l’économie et celui de la santé se parlent.

Alexandra Lorin


« Pourquoi personne ne veut nous écouter ? Les jeunes entreprises sont oubliées »

La crise du coronavirus ce n’est la « faute » de personne. Alexandra Lorin est loin de chercher un coupable. En revanche, elle fait un constat : celui de la solitude face aux problèmes qui s’accumulent. Sa trésorerie n’a pas d’ancienneté, or toutes les aides sont calculées à partir d’un schéma type : prouver qu’on a des pertes évidentes comparées aux autres années d’exploitation. « Nous, on a ouvert notre hôtel-restaurant en octobre dernier. On partait de zéro, nous sommes une jeune entreprise et ça n’entre pas dans les cases. Comment prouver cette perte ? » Après avoir poussé bien des portes, elle obtient des aides de la Région et des facilités auprès de sa banque. Mais 41 000 euros doivent être trouvés chaque mois. « On hypothèque sur l’avenir. »
 

On ne va pas s’endetter jusqu’à couler complètement nos chances de relever la tête un jour ! Quand je vois qu’on nous interdit de travailler sans même nous consulter,ou nous mettre autour d’une table avec les gens du secteur et les médecins-scientifiques avec qui on pourrait sûrement trouver des compromis pour faire au mieux, c’est très énervant.

Alexandra Lorin, propriétaire d’un hôtel haut de gamme

« On fait comme si les hôtels étaient des clusters »

C’est le détail qui est la goutte d’eau. « On fait comme si les hôtels étaient des clusters. Les universités? oui. Les transports ? aussi. Et pourtant, ils fonctionnent. Dans l’hôtellerie, on nous a imposé un protocole très strict. J’ai d’ailleurs pas encore entendu qu’on était un lieu de développement du virus ! Alors pourquoi on nous interdit d’exercer sans concertation ? »

Alexandra était fonctionnaire avant de commencer sa reconversion. Son mari a fait une école de commerce et ce projet a muri pendant 10 ans. Chez eux rien n’est improvisé, sauf depuis quelques temps. « Il faut, avec cette crise qui nous tombe dessus, se réinventer chaque jour. » Mais tiendront-ils ? Les petits commerces ont l’oreille des élus, pas leur secteur. 

« Ce reconfinement va être beaucoup plus dur psychologiquement et économiquement. On sait maintenant quelles sont les conséquences financières. Mentalement, je ne sais pas si on va tous tenir. »



Source France 3

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