ils font le bilan de « leur » année 2020



Rappelez-vous, c’était le 31 décembre 2019. Le vieux port et les rues piétonnes de La Rochelle s’étaient parés des traditionnelles lumières de fin d’année. Les plus courageux sirotaient un café en terrasse pendant que le Président de la République assurait que « la réforme des retraites serait menée à son terme » et qu’il souhaitait « investir davantage dans l’éducation et la santé ». En Chine, ce même jour, le consul de France de Wuhan était informé par les autorités de l’apparition d’une nouvelle pneumopathie. Wuhan ? C’est où Wuhan ? Bientôt allaient retentir les douze coups de minuit et, partout dans le pays, nous trinquions insouciants, nous embrassions chaleureusement et, comme il se doit, chacun ne pouvait que souhaiter à ses proches… une « bonne année 2020 ».

La suite, vous la connaissez. Le confinement, les masques, l’économie à l’arrêt, les attestations de sorties et… les 65 000 morts de la Covid-19. Non 2020 ne fut pas une « bonne année ». Pourtant, toutes les personnalités que nous avons interrogées ont, bon an mal an (comme on dit), trouvé un peu d’espoir ou matière à positiver à l’heure de tirer le bilan de cette annus horribilis (comme disait Elizabeth II dans le monde d’avant). 

« Sans bras, on ne fait rien. »

Ainsi Robert Gaillard qui se souviendra longtemps du printemps dernier. « Ca a été un peu la panique à bord », confie aujourd’hui le président de la Banque Alimentaire de Charente-maritime.  Les bénévoles de l’association sont majoritairement des personnes retraitées qui, à partir du 17 mars, légitimement inquiets, se sont cloîtrés à leur domicile. Dans le même temps, les traditionnelles sources d’approvisionnement, principalement la grande distribution et les fonds européens, se tarissaient du jour au lendemain, pendant que le nombre de bénéficiaires, lui, explosait. Plus 30% dans certaines régions de France. Autant dire que le chèque de 188.000 euros signé par le Préfet de Charente-Maritime était plus que le bienvenu. « Entre mars et juin », explique Robert Gaillard, « nous avons distribué 500.000 repas ». Le septuagénaire préfère cependant positiver à l’heure du bilan.

Je suis optimiste parce que d’abord l’Etat a fait face à ses obligations et, depuis quelques semaines, on a une liste d’attente de bénévoles qui veulent nous aider. C’est une très bonne nouvelle car sans bras, on ne fait rien. Ensuite, la collecte auprès des particuliers nous a apporté 150 tonnes de nourriture et ça, ça fait chaud au cœur.

Robert Gaillard, président de la Banque Alimentaire de Charente-Maritime

2020, une année difficile pour la Banque Alimentaire

 Oui, confinés mais solidaires les français qui, pour beaucoup, se sont mis à leur fenêtre sur les coups de 20h pour applaudir les personnels soignants. Ils étaient sûrement moins nombreux à soutenir activement ces mêmes infirmiers et aide-soignantes qui battaient le pavé devant l’hôpital de La Rochelle en début d’année pour réclamer plus de moyens. Bref. Reste que, très objectivement, si on parle coronavirus, il y a bien « un mystère Charente-maritime ». Il faut bien l’admettre, aussi étrange que cela puisse paraître, le deuxième département le plus touristique de France est, si l’on ose dire, passé entre les gouttes.

« Comme tout le littoral, on a été moins impacté. »

Dans ce même hôpital, au plus fort de la crise, 40 % de l’activité opératoire a été déprogrammée, mais on n’est loin du tsunami mortifère qui a submergé les établissements du reste de l’Hexagone. « Comme tout le littoral, on a été moins impacté » explique Pierre Thépot, le directeur du groupe hospitalier La Rochelle-Ré-Aunis, « mais d’abord on a reçu des patients qui sont venus de l’est de la France et on a quand même, si j’ose dire, eu 150 de nos personnels qui ont été touchés par le coronavirus. On a eu, à un moment, soixante personnes hospitalisées pour la Covid, donc on ne peut pas dire qu’on a été épargné, mais on a bénéficié de l’effet d’anticipation de ce qui se passait dans l’est pour se préparer ».

Le groupe hospitalier de La Rochelle face à la pandémie

 

« On va toujours dans le mur. »

C’est avec un regard critique mais, comme toujours, empathique qu’Isabelle Autissier a assisté au déclenchement de la pandémie. Pour la présidente de la branche française de la WWF (le Fonds Mondial pour la Nature), ce maudit virus n’est qu’un symptôme supplémentaire de l’incompréhensible comportement de l’homme avec un grand H. « On sait que les causes sont environnementales » explique la navigatrice, « puisqu’il s’agit de chasse et de commercialisation d’espèces sauvages et, donc, de rapprochement des réservoirs humains et des réservoirs de vie sauvage. Ce n’est peut-être malheureusement que la première d’une longue série. Il y en a eu d’autres avant ». 

Car si la romancière se réjouit de constater chez ses compatriotes une certaine prise de conscience de l’urgence climatique (notamment lors des dernières élections municipales), elle garde son poste de vigie écologiste avec dans sa longue vue de marin les responsables politiques et autres acteurs économiques d’une France qui est loin de tenir ses engagements en la matière. Elle reste, par exemple, dans une prudente expectative quant aux résultats de la fameuse « convention citoyenne » initiée par le gouverment.

On n’a pas encore aujourd’hui le texte de loi qui doit en sortir. Mais l’année 2020 a été parmi les cinq années les plus chaudes depuis l’origine de la météorologie. Donc on va toujours dans le mur, la situation s’aggrave et, évidemment, on n’a pas une réponse suffisante.

Isabelle Autissier, présidente de WWF France

2020 vu par Isabelle Autissier

Car, Isabelle Autissier le sait bien, que ce soit en terme de gestion de crise sanitaire ou climatique, c’est, in fine, l’économie, l’argent, la croissance, l’emploi qui restent les horizons indépassables et qui servent de cap aux décideurs politiques. Contrairement à la crise de 2008, 2020 est un arrêt brutal et volontaire de l’activité, une expérience inédite de mise sous cloche de tout un pays. Difficile pour le commun des mortels d’envisager les conséquences de la dette abyssale creusée par ce virus microscopique. Mais, après le premier confinement, c’est l’économie réelle qui a donné des sueurs froides à bon nombre de français, entrepreneurs, salariés, artisans, indépendants. 

En Charente-Maritime, la filière nautique a accusé le coup. Côté constructeurs, la plupart des chantiers navals avait une visibilité de un à deux ans en terme de production, mais l’annulation de tous les salons nautiques (Paris, Düsseldorf, Cannes et, bien sûr, le Grand Pavois) a assombri sérieusement les prévisions, notamment pour les entreprises sous-traitantes. Et que dire du secteur de la location qui n’existe que par le tourisme. 

« La vente directe explose. »

Autre secteur important pour le département, la conchiliculture se voyait également moribonde après deux mois de confinement. « Tous disent qu’ils attendent et courbent le dos, mais j’ai peur que si le confinement se prolonge comme cela semble devoir être le cas, certains commencent à s’agiter », déclarait en avril Laurent Chiron, le président du groupement qualité des huîtres Marennes-Oléron. Dans les claires, on parlait alors de 80% de perte de chiffre d’affaire. Le coronavirus faisait presque regretter à la profession le bon vieux temps de la gastro-entérite. Mais, finalement, la fermeture des restaurants et des bars, débouché capital pour le secteur, n’a pas été aussi préjudiciable que prévu. 

D’une manière générale, Marennes-Oléron a vendu autant d’étiquettes (qui sont obligatoires sur les colis) que l’année dernière. La grande distribution continue à avoir des flux corrects et la vente directe explose puisque beaucoup de nos collègues disent qu’ils font plus 25 voire plus 30 % de vente sur les marchés municipaux. On va avoir une année qui, grosso modo, sera semblable à l’année dernière.

Laurent Chiron, président du groupement qualité huîtres Marennes-Oléron

Moindre mal pour l’ostréiculture en 2020

Les professionnels du tourisme n’en menait non plus pas large au mois de mai. Tous avaient mis une croix sur les vacances de Pâques et avaient de sérieuses angoisses en pensant à l’été. Les responsables de l’hôtellerie de plein air annonçaient des faillites par centaines. Les touristes étrangers, c’est sûr, ne viendraient pas faire bronzette sur Ré ou Oléron. Eté meurtrier.

Ruée sur la façade Atlantique

Mais, à tort ou à raison, le gouvernement a donné le feu vert aux Français qui avaient plus que jamais besoin d’aller se changer les idées. Et puisque, passer les frontières paraissait encore hasardeux et que la côte d’Azur semblait plus impactée par la pandémie, ce fut la ruée sur la façade Atlantique. Ajouter à cela un mémorable passage du Tour de France qui a permis à six millions de télespectateurs de découvrir la forêt de la Coubre ou les deux tours de La Rochelle et c’est un secteur qui, lui aussi, finalement a limité les dégats. La Covid aurait même, selon certains, un effet durable sur la démographie du département.

Il y a eu la Covid mais aussi le réchauffement climatique. Beaucoup de gens disent : « je ne veux plus vivre dans une ville ou une agglomération » et on a eu, cette année, une rentrée scolaire en hausse partout. On a des gens qui ont décidé de s’installer ici parce qu’ils ont trouvé des solutions de travail, notamment avec l’arrivée progressive de la fibre. On a une hausse de la population liée à ces deux phénomènes.

Lionel Quillet, vice-président du Conseil départemental de Charente-Maritime

Le tourisme en Charente-maritime et la crise sanitaire

Des néo-charentais qui, sans nul doute, ont hâte de pouvoir profiter pleinement de ce territoire d’exception, de prendre le soleil en terrase, d’aller faire le marché sans masque ou de sortir voir une pièce de théâtre à la Coupe d’Or de Rochefort ou un bon concert à La Sirène de La Rochelle. La culture, un secteur qui lui non plus ne regrettera pas cette année et ne sait toujours pas quand et comment il va retrouver une activité normale et si essentielle à la vie démocratique. Mais comme le dit David Fourrier, directeur de la salle des musiques actuelles de La Pallice, quand on lui parle de l’année qui s’annonce, la réponse est sans appel :  » ça ne pourra pas être pire que 2020 ! ». Alors soyons fou, osons tout et prenons le risque de vous souhaiter donc à toutes et à tous une bonne et heureuse année 2021.



Source France 3

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