Jobs d’été : les jeunes corses sont inquiets


Camille est soucieux. 
Pas à cause des partiels, qui débutent pour lui à la fin de la semaine prochaine. 
Il est rentré de Montpellier dès qu’il a pu, et il va les passer de sa chambre, chez ses parents, dans le Cap Corse. 

Etudiant l’hiver, saisonnier l’été

Non, si Camille est soucieux, c’est pour le lendemain des examens. 
Depuis l’année du bac, l’été, il travaille. 
 

Illustration/ Comme Camille ils sont plusieurs milliers de Corses, chaque année, à travailler, durant quelques mois, dans la restauration ou l'hôtellerie. / © viastella
Illustration/ Comme Camille ils sont plusieurs milliers de Corses, chaque année, à travailler, durant quelques mois, dans la restauration ou l’hôtellerie. / © viastella

Ses parents lui paient le loyer de son studio du côté du Boutonnet, et versent 280 euros sur son compte tous les mois. 
70 euros par semaine, pour faire les courses, c’est jouable, selon lui. 

 

Mais pour sortir, aller au ciné, au resto, profiter, somme toute, de la vie étudiant, Camille a besoin de plus. 

Serveur, les pourboires sont meilleurs – Camille

Alors son argent de poche, il le gagne, durant deux mois, dans une paillote au sud de Bastia. 
« Je m’occupe des transats, la plupart du temps. Mais on tourne, alors souvent, je fais serveur. Et je préfère. Les pourboires sont meilleurs. C’est 1.500 euros de fixe, par mois, mais avec le pourboire, surtout en soirées, ça peut monter à 2.000 euros. Parfois plus. »
 

Camille se demande s'il aura besoin d'ouvrir les parasols, cet été... / © Guillaume Bonnefont / MAXPPP
Camille se demande s’il aura besoin d’ouvrir les parasols, cet été… / © Guillaume Bonnefont / MAXPPP

Camille comptait là-dessus, comme chaque été. Mais cette année, aucune nouvelle. Il a bien essayé d’appeler 2 ou 3 fois? Et c’est toujours la même réponse. 
« Pour l’instant, on ne sait pas si on aura besoin de toi ». 
 

Des saisonniers oui, mais pour combien de touristes ?

D’autres ont plus de chance. 
Hervé a un restaurant en Balagne. Et il a déjà appelé le commis et la barmaid qui travaillent habituellement avec lui pendant la saison. Pour leur dire qu’il les reprendrait. Mais le 1er juillet, plutôt que le 15 juin, comme les autres années. 

« Et puis si j’ai besoin d’eux pour la fête de la musique, je les ai prévenus que je ferai appel à eux. Mais on en sait rien, pour l’instant. On sait même pas s’il y aura une fête de la musique… »
 

La Balagne, un paradis pour touristes... Reste à savoir s'ils pourront le retrouver cet été / © Alex Gouty / FTVIASTELLA
La Balagne, un paradis pour touristes… Reste à savoir s’ils pourront le retrouver cet été / © Alex Gouty / FTVIASTELLA

Si la saison, miraculeusement, est bonne, on se débrouillera. Mais je vois pas comment… – Hervé

Habituellement, ils sont 8 à travailler, l’été, sous sa direction. Les 3 permanents, et 5 saisonniers. 
« J’ai rappelé seulement François et Pauline parce qu’ils sont corses. Et pour les autres postes, on verra. C’est pas que je veux les privilégier, mais de toute façon ce sont les seuls qui reviennent chaque année. Les autres, ce sont des saisonniers du continent, ils font leurs trois mois d’été, et on les revoit plus. Voilà où on en est. Si la saison est bonne, miraculeusement, et qu’on est débordés, on se débrouillera… Je vois pas comment, mais on se débrouillera. »
 

Faire sans le job d’été, pas facile… 

Cécile, elle, est bien plus embêtée que Camille. 
Ce n’est pas juste les sorties au cinéma et les concerts qui sont menacés par la crise qui va toucher le tourisme insulaire.

C’est tout son avenir. 
Elle dit ça avec un air résigné, et un petit sourire. Comme si elle ne voulait pas donner l’impression de trop se plaindre. 
Et pourtant on la comprendrait…
 

Illustration/ L'été arrive, avec son lot d'incertitudes. Difficile pour les établissements de décider de leur effectif pour la saison. / © Hugues Perret
Illustration/ L’été arrive, avec son lot d’incertitudes. Difficile pour les établissements de décider de leur effectif pour la saison. / © Hugues Perret

Marie est de Bastia, et elle a passé l’âge des études. 
Elle a une trentaine d’années, et après avoir essayé pas mal de choses, elle pensait avoir trouvé sa voie. 
Une école de photographie à Londres. 
Elle a envoyé ses photos, et apparemment, ça a plu. 

Suffisamment en tout cas pour qu’elle soit acceptée. 
Elle est sensée commencer en octobre. 

Evidemment, comme j’étais payée au black, j’ai rien eu – Cécile

Le problème c’est que si un ami corse qui vit là-bas lui a proposé de l’héberger quelques temps, elle n’a pas le début du commencement de l’argent nécessaire à payer l’école.

« Il me manque encore 4.000 euros… J’avais commencé à travailler dans une boutique, en décembre. Ensuite, en janvier et février, on n’a pas eu besoin de moi. Mais j’ai repris en mars. Et là, y a eu le confinement. Evidemment, comme j’étais payé au black, j’ai rien eu. Pas d’aide, ni de chômage partiel. »
 

1 saisonnier sur 5 est Corse

Mais ce sur quoi elle comptait le plus, c’était son job d’été dans un camping de la Plaine Orientale. Tous les ans, depuis qu’elle a 24 ans, elle y passe trois mois, à montrer leurs placements aux campeurs et à nettoyer les douches collectives…
Mais là aussi, elle a bien peur que ce soit compromis. 
 

Hôtels de luxe, campings, air b'n'b... L'épidémie de Covid-19 ne fait pas dans le détail. Tous les secteurs sont concernés / © M. Millet, France Télévisions
Hôtels de luxe, campings, air b’n’b… L’épidémie de Covid-19 ne fait pas dans le détail. Tous les secteurs sont concernés / © M. Millet, France Télévisions

« Je le sens mal. Tout le monde flippe, personne ne sait comment ça va se passer, alors personne ne veut engager personne. Et je peux comprendre. Mais le temps passe, et ça fait flipper. Si je trouve pas de job, faudra que j’envoie un mail à l’école pour tout annuler… »

Tout le monde flippe, personne veut engager personne – Cécile

Chaque année, la Corse emploie, durant la saison estivale, près de 20.000 saisonniers. 
Moins d’un sur cinq est insulaire. 
L’immense majorité vient du continent, ou d’Italie. 

Alors il y aura moins de place, mais également beaucoup moins de prétendants…
Et pour les 4.000 Corses qui comptent sur l’été qui vient pour retrouver leur job, la situation ne semble pas désespérée.

Reste à savoir si suffisamment de touristes seront au rendez-vous pour qu’on fasse appel à eux…
 



Source France 3

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