la plage de l’Espiguette nettoyée totalement à la main


C’est l’un des joyaux ce la méditerranée, la plage de l’Espiguette au Grau-du-Roi dans le Gard. 14 km de plage préservée qui draine l’été jusqu’à 8 000 personnes par jour. En 2012 la commune a fait un choix radical : nettoyer cette plage à la main et non à la machine.

Il est 6h du matin sur la plage de l’Espiguette. Le soleil se lève. Sur ce site exceptionnel, classé Natura 2 000, les touristes n’ont pas encore investi les lieux. Mais les gardes du littoral commencent déjà leur journée. Armés de pinces et d’épuisettes, ils arpentent la plage et scrutent le sable à la recherche du moindre détritus. Micro-plastiques, capsules de bouteilles, papiers enterrés ou encore mégots, rien ne leur échappe.
 

Les gardes du littoral ramassent à la main les déchets des usagers de la plage depuis 2012

Les gardes du littoral ramassent à la main les déchets des usagers de la plage depuis 2012

© FTV

 

« C’est un ramassage plus fin qu’à la machine, beaucoup plus long mais grâce à notre travail nous avons été classé grand site de France en 2015 »

Christophe Le Pigocher, garde du littoral.


La reconstruction des dunes

Car c’est une révolution que la commune du Grau-du-Roi a engagé en 2012 sur l’un des plus beaux sites de la Méditerranée.  Elle a bouleversé ses pratiques de nettoyage et abandonné le recours aux machines. Elles rendaient bien sûr la plage lisse et propre mais avec des conséquences désastreuses pour l’érosion et la biodiversité de cet écosystème fragile.
Alors que le trait de côte recule régulièrement à cause des violentes tempêtes hivernales et des coups de mer, les gardes du littoral ont réussi à freiner le phénomène d’érosion.

« En passant la machine qui prélève le sable sur environ 20 cm, nous rendions la plage immaculée mais nous enlevions tout, y compris les déchets organiques qui constituent la laisse de mer, c’est-à-dire le mélange de coquillages, d’algues et de bois »

Loïc Petegnief, garde du littoral

Car contrairement aux résidus artificiels de l’activité humaine estivale, ceux, naturels, déposés par la mer en bordure de plage ont une utilité. Pendant l’hiver les bois flottés, les algues ou encore les coquillages sont poussés vers l’intérieur. Une fois recouverts par le sable, ils vont former des embryons de cordons dunaires qui vont se végétaliser. Les plantes sont ainsi protégées des coups de mer qui les brûlaient car l’eau salée passe désormais autour des dunes.

 

Le massif dunaire se reconstitue grâce à la laisse de mer et se végétalise

Le massif dunaire se reconstitue grâce à la laisse de mer et se végétalise

© FTV

« Nous avons vu des résultats au bout de trois ans. Les premiers bas reliefs sont apparus en milieu de plage. Depuis, les massifs dunaires ont grossi et constituent un rempart naturel contre l’élévation de la mer alors qu’il y a 10 ans c’était la plaine rase. » développe Loïc Petegnief.

Un bienfait pour la faune

Si les dunes rendent le littoral moins vulnérable face au dérèglement climatique, elles profitent aussi à la faune. En conservant la laisse de mer, la nourriture disponible a augmenté pour les espèces d’oiseaux et les insectes. Les sites de nidifications se sont aussi développés dans le massif dunaire. « Nous avons vu de plus en plus d’oiseaux laro-limicoles qui sont menacés par l’urbanisation et la fréquentation croissante des plages comme des gravelots, des huîtriers pie ou encore des bécasseaux. Les populations de bousiers, qui sont de petits scarabées en voie de disparition, se sont aussi reconstituées » poursuit Loïc Petegnief.


Des vertus économiques

Cette transition vers la nettoyage manuel a aussi permis d’éveiller les consciences des usagers.

« En travaillant à pied, nous avons pu aller au contact des gens. Nous les avons sensibilisé à la fragilité de ce site vivant et au bien-fondé de notre démarche. Le littoral n’est pas uniquement fait pour y poser sa serviette. Les gens sont désormais plus vigilants qu’avant. »

Christophe Le Pigocher, garde du littoral

Les machines rendent la plage lisse et vierge mais détruisent les écosystèmes et favorisent l'érosion

Les machines rendent la plage lisse et vierge mais détruisent les écosystèmes et favorisent l’érosion

© FTV

Mais l’initiative de la station balnéaire gardoise n’a pas que des impacts écologiques, elle a aussi des vertus économiques et politiques.  Elle a déjà permis de créer de l’emploi local puisque deux postes de nettoyeurs ont vu le jour. Et l’abandon des machines a fait faire des économies substantielles à la commune. « Nous consommions 500 litres de fuel par jour. Il fallait aussi entretenir ces engins très polluants et fragiles. Ils subissaient beaucoup de dégradations en prenant des pierres ou encore des troncs d’arbres. Nous avons réduit le budget nettoyage des plages de 50% » s’enthousiasme Loïc Petegnief.

Les limites du nettoyage manuel

Mais à quelques kilomètres de là, sur les plages du centre ville, la commune du Grau-du-Roi continue d’utiliser la voie mécanique pour nettoyer ses plages. Alors pourquoi ne pas avoir recours à la méthode manuelle qui a fait ses preuves? « Nous sommes sur une plage urbaine, avec beaucoup de fréquentation et des usages totalement différents de la plage naturelle de l’Espiguette. Avec la proximité des commerces alentours, les gens génèrent plus de déchets. Les enfants font des trous dans le sable. Il est impossible de ramasser tout manuellement. » explique Christophe Rosso, responsable du pôle espace naturel de la ville du Grau-du-Roi.
 

La plage urbaine du Grau-du-Roi encore nettoyée à la machine

La plage urbaine du Grau-du-Roi encore nettoyée à la machine

© FTV

Si Christophe Rosso déplore que les usagers veulent une plage lisse et vierge, il reconnait que les comportements s’améliorent. Il reste encore beaucoup de progrès à faire mais il veut croire que les générations futures auront des attitudes plus vertueuses.

« Il y a de plus en plus d’associations et d’écoles qui organisent des ramassages de déchets sur la plage. Nous préparons l’avenir »

Christophe Rosso

La plage est un milieu très riche et pour qu’il le reste il faut savoir le partager en laissant vivre cet écosystème si particulier. A l’Espiguette, la preuve est faite qu’il est possible d’inventer de nouvelles manières d’habiter les plages.

 

 



Source France 3

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