le parc national opte pour une stratégie inédite


Une sortie de confinement, des frontières fermées et tous les Français se retrouvent à Marseille. La destination phare de l’été 2020. En même temps, dans les fils d’actualité, les articles se multiplient avec des titres très accrocheurs tels que « 10 bonnes raisons d’aller se baigner dans les calanques ». Résultat : la séduction opère et les criques méditerranéennes sont prises d’assaut par des milliers de touristes. 

Il existe pourtant une différence, entre les attentes et la réalité, qui déçoit bien souvent les vacanciers. Les plages saturées de serviettes de bain et de déchets contrastent avec les plages sauvages et paradisiaques qu’ils avaient en tête. 

Dévoiler l’envers du décor

Alors, pour limiter l’afflux de visiteurs l’été prochain, le parc national des calanques a opté pour une stratégie pour le moins originale, dite de « démarketing ». C’est le seul parc périurbain de France à l’appliquer.  

Sur le site internet de l’institution, à la rubrique « baignade », on tombe désormais sur des clichés de plages bondées, accompagnés de messages volontairement rebutants (et pourtant essentiels à savoir avant de visiter les calanques) : « eau froide », « accès difficile », « pour éviter la foule, privilégiez l’automne ou l’hiver ». 

« L’objectif n’est pas de dégouter les gens mais de les informer sur la réalité. A long terme, nous espérons voir la fréquentation se stabiliser puis descendre », se justifie Zacharie Bruyas, en charge de la communication.

Le parc national des calanques accueille 3 millions de visiteurs chaque année (illustration : la calanque d’En Vau, en août 2020).

© Zacharie Bruyas, Parc national des Calanques

« C’est essentiel. Mais est-ce-que ça va marcher ? J’ai des doutes et j’ai peur de ne pas voir les effets escomptés. Plus qu’une stratégie choc, il faudrait lancer une campagne de sensibilisation pour mieux éduquer les gens et les rendre responsables », répond Céline Albinet, une marseillaise activiste pour la préservation des calanques.

En effet, le parc national des Calanques attire près de trois millions de visiteurs par an : 70% d’habitants de la métropole d’Aix-Provence et 30% de touristes. Contre seulement un million de visiteurs à sa création en 2012.

Une fréquentation qui se concentre surtout en période estivale. L’été dernier, les calanques de Sormiou et de Morgiou ont même atteint des pics à 3.000 visiteurs par jour et 2,3 baigneurs par mètre carré de plage. Deux fois plus que l’année précédente. « La crise sanitaire a joué un rôle primordial et a donné envie aux gens de renouer avec la nature. On s’est retrouvé avec des phénomènes nouveaux comme la queue pour accéder à la plage d’En Vau », explique M. Bruyas.

Conséquence principale : l’impact direct sur l’érosion des sols. Les gens piétinent et s’installent sur un espace de plus en plus large. Les 8.500 hectares terrestres sont mis à mal, avec des pins qui risquent de se déchausser.

« Une vraie déchetterie »

Le collectif Clean My Calanques, lui, a très vite déchanté dès le mois de juillet, alors même que la vague des marseillais et des non sudistes ne faisait que commencer. La plupart d’entre eux laissait des traces, et pas forcément écologiques.

Armés de leur sac poubelle, les « Cleaners » ont donc arpenté les sentiers de la calanque de Callelongue, la première calanque du massif de Marseilleveyre entre Marseille et Cassis. En seulement deux heures, ils ont ramassé une tonne et demi de déchets, parmi lesquels des « choses assez cocasses comme des matelas, des chaises, un lit ou encore une balle de famas [ndlr : fusil d’assaut]. »

Céline Albinet, membre du collectif, se souvient de l’été dernier : « A chaque nouvelle expédition, c’était un carnage. On avait l’impression d’être à une kermesse et devoir ramasser un déchet à chaque mètre parcouru. Une vraie déchetterie, c’était désolant ! »

Les posts Instagram menacent-ils l’écosystème ?

Rétablir la vérité à l’heure où les réseaux sociaux font circuler des images bien souvent erronées. Voici l’autre champ de bataille du Parc. Car les calanques de Sormiou, de Port-Pin ou encore d’En-Vau ont de quoi attirer. Sur les publications Instagram, on croirait voir le paradis sur terre.

« C’est une vision idéalisée qui fait croire qu’on est seul à la plage. Le selfie en cadre serré ne dit pas que l’accès est difficile et qu’il a fallu marcher des heures sur un terrain parfois technique », alerte Zacharie Bruyas. « Cela peut provoquer des accidents car certains ne sont pas prêts pour cette aventure », poursuit-il.

Alors, pour éviter d’ameuter encore plus de monde, certains influenceurs ont lancé un mouvement : « Mon geste à moi pour les calanques », c’est d’arrêter de mentionner la géolocalisation du lieu photographié.

Certains internautes n’apprécient pas la démarche et dénoncent un comportement hypocrite. Quand d’autres félicitent la démarche pour la préservation des calanques. 

Un large plan d’action

« Il s’agit avant tout de préserver la qualité de vie pour les habitants et d’expérience pour les touristes », insiste M. Bruyas. Car en plus de la dégradation de la faune, la surfréquentation des calanques entraine également une atteinte à la quiétude des lieux.

En mer, par exemple, l’horizon est souvent caché par un mur de bateaux. Et sur les rochers, plus il y a du monde qui s’y pose, moins la flore peut s’y développer. Dans les fonds sous-marins, la posidonie, espèce protégée et habitat naturel clé en Méditerranée pour de nombreux poissons, est fortement dégradée par l’ancre des bateaux.

Difficile, dans ces conditions, d’apprécier le caractère des lieux ou même d’avoir accès à l’eau. Des phénomènes de bouchons s’observent avec parfois un trajet de deux heures pour relier Les Goudes au centre-ville de Marseille. A cela, s’ajoute aussi le risque d’incendie.

Parmi les solutions envisagées, les modalités d’accès au parc des calanques pourrait être modifiées avec l’objectif de réduire la place de la voiture au profit des bus, des navettes maritimes, des vélos et de l’accès à pied.

« Il faut rendre l’accès plus difficile. L’expérience calanques doit se mériter », a souligné Didier Réault, président du parc national des calanques, dans une interview pour Le Monde.

Certaines mesures sont également étudiées à l’étranger comme l’accès payant. « Mais pour l’instant, rassurez-vous, ce n’est pas dans la philosophie des parcs français. Peut-être en revanche mettre en place des permis de visite ? », suggère M. Bruyas.  

En mer, il est prévu de revoir le plan de mouillage, c’est-à-dire le stationnement dans l’eau. L’objectif est notamment de rendre les zones de Port Pin et d’En Vau interdites au mouillage d’ici l’été 2021.

Enfin, des éco-compteurs à l’entrée des calanques pourraient peut-être bientôt restituer des données de fréquentation en temps réel sur des applications.

« Nous voulons changer l’image du parc national des calanques. C’est un site naturel et protégé, avec un patrimoine exceptionnel, et non un site balnéaire », conclut Zacharie Bruyas.

En plus du parc national des Calanques, le parc du Port-Cros (Var) et les Gorges du Verdon font de la lutte contre la surfréquentation leur priorité. 





Source France 3

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