le tourisme de mémoire normand frappé de plein fouet par la crise



A partir du 1er novembre, le « musée pour la paix » ne sera désormais ouvert que durant les weekends et vacances. La crise sanitaire a entraîné une chute brutale de la fréquentation. Tout le secteur du tourisme de mémoire est durement impacté.

Passé les vacances de la Toussaint, le Mémorial de Caen n’ouvrira plus ses portes que le weekend, en attendant les fêtes de fin d’année où il retrouvera alors un fonctionnement « normal ». »On a perdu la moitié de nos visiteurs, on a perdu 300 000 visiteurs« , explique le directeur du Mémorial de Caen, Stéphane Grimaldi, « Il y a eu une petite parenthèse estivale mais à la rentrée, ça s’est brutalement interrompu. En septembre, on a reçu à peine 30% des visiteurs que nous aurions dû recevoir en temps normal. En octobre, novembre, décembre, il n’y a plus personne. On va perdre 60 à 70% de nos visiteurs sur les derniers mois de l’année. » Le Mémorial de Falaise et le cinéma Arromanches 360, qui dépendent de la même structure, vont également réduire drastiquement leurs jours d’ouverture.

La tête de pont du tourisme de mémoire en Normandie est loin d’être la seule impactée. Ainsi, à Courseulles-sur-Mer, Nathalie Worthington, la directrice du centre Juno Beach estime que son musée « finira l’année à 40 000 visiteurs et aura perdu près de 600 000 euros« . Mercredi dernier, les principaux acteurs du secteur se se sont retrouvés au Mémorial de Caen pour faire le point. « La situation n’est pas bonne, elle est mauvaise pour tout le monde« , constate Stéphane Grimaldi, « Au Mémorial, on avait une trésorerie très importante, construite au fil des années pour, d’ailleurs, être capable d’absorber une crise. On a jamais eu une crise de cette ampleur. La moitié de notre trésorerie a fondu, brûlé.« 

Pas d’Anglais et d’Américains en 2021

Si le « musée pour la paix » devrait « surmonter » la crise, pour d’autres, « passer le cap » va s’avérer très difficile. « Beaucoup d’entre nous ont peu de trésorerie, ce sont des petites entreprises« , explique Stéphane Grimaldi. Et ce d’autant plus que les perspectives, à moyen terme, sont peu rassurantes. « Nos musées sont vides mais ce qu’il y a de plus préoccupant aujourd’hui c’est l’année prochaine : nous n’avons pas le stock de réservations qui nous permet d’envisager une année 2021 sereine. Nous sommes tous convaincus que ni les Américains, ni les Anglais, ne reviendront l’an prochain.« 

Si ce monde là se fragilise, c’est une catastrophe par ricochet pour l’économie normande

Stéphane Grimaldi, directeur du Mémorial de Caen

Or le secteur du tourisme de mémoire est loin d’être négligeable dans l’économie de la région. « Les gens ne savent pas que la Normandie est la première région mémorielle en Europe, en termes de fréquentation et de visite« , affirme Stéphane Grimaldi, « C’est un chiffre d’affaire très important, c’est 7 à 8 % du PIB normand. Ce sont des milliers de’emplois, des investissements considérables qui font travailler des artisans locaux, qui font indirectement travailler des restaurants, des hotels, des campings. Si ce monde là se fragilise, c’est une catastrophe par ricochet sur l’économie normande. » Et d’appeler tous les acteurs du secteur à « une chaîne de solidarité » face à l’adversité.

Un tourisme de mémoire durable

A Courseulles-sur-Mer, Nathalie Worthington lance elle aussi un appel au collectif, un appel à une réflexion dépassant la seule dimension économique, et voit en quelque sorte dans cette crise, une opportunité à saisir. Au centre Juno Beach, « on s’est dit que la période de Covid permettait de réfléchir à des choses qu’on avait déjà amorcées, à savoir une réflexion par rapport au lien qu’il peut y avoir entre la mémoire et les questions environnementales. » Le musée s’engage donc dans une démarche de décarbonation et appelle ses « confrères » à le suivre. « Il faut remettre nos modèles économiques sur la table, remettre tout à plat et essayer de voir comment on peut tous ensemble agir, avoir des pratiques vertueuses pour un développement durable du tourisme.« 

Nous ne sommes pas que des tiroirs-caisses, on est là aussi pour avoir une réflexion

Nathalie Worthington, directrice du centre Juno Beach

Pour la directrice du centre Juno Beach, une telle démarche est non seulement porteuse de dynamique, de mobilisation « en ces temps moroses » mais elle apparait également cohérente en termes éditorial. « Il est évident que dans un monde où les équilibres écologiques ne sont pas respectés, on n’est pas dans un monde en pauix. Dans tous les musées de l’espace historique de la Bataille de Normandie, nous sommes des gens qui réfléchissons un peu à ces questions là : à travers la guerre, on fait passer, en creux, des messages sur la paix. Nous ne sommes pas que des tiroirs-caisses, on est là aussi pour avoir une réflexion.« 

 



Source France 3

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