Les parcs d’attractions des Hauts-de-France inquiets face aux conditions de réouverture proposées par le gouvernement



« Nous avons eu des interlocuteurs à l’écoute, mais ils ne sont pas décideurs. » Arnaud Bennet, président du Syndicat national des espaces de loisirs, d’attractions et culturels (Snelac) ne se faisait d’ailleurs pas d’illusion avant de rencontrer Alain Griset, ministre délégué aux PME et Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État chargé du Tourisme jeudi 5 mai. La réunion se voulait technique, mais elle était « importante, car cela permet de faire remonter notre message au plus haut sommet de l’Etat. »

Un message limpide : laissez-nous rouvrir dès le 19 mai et ne nous imposez pas le pass sanitaire !

Déçus et inquiets

Le 19 mai correspond à la deuxième étape du déconfinement fixée par Emmanuel Macron : ce jour-là, pourront rouvrir sous condition de jauges et de protocoles sanitaires les commerces dits « non essentiels » et certains lieux culturels : musées, monuments, cinémas, théâtres, salles de spectacle avec public assis… mais pas les parcs d’attractions. Eux devront patienter jusqu’à la troisième étape du déconfinement, le 9 juin donc, comme les salles de sport, les festivals ou encore les foires. Une hérésie pour les professionnels du secteur.

« Nous sommes déçus et inquiets. Nous considérons que nous pourrions rouvrir le 19 mai comme les zoos », s’indigne Dominique Marcel, président directeur général de la Compagnie des Alpes, propriétaire du parc Astérix à Plailly dans l’Oise. « On nous demande de décaler au 9 juin, alors que nous avons des espaces ouverts. Notre expérience de 2020 devrait pourtant rassurer »,  ajoute Arnaud Bennet, du Snelac, en référence au fait qu’aucun cluster n’a été constaté, selon lui, dans les parcs d’attractions français l’été dernier.

Autre écueil, la jauge de 5000 visiteurs en même temps imposée par le gouvernement à tous les secteurs d’activités et tous les sites. Quelque soit leur taille. Christian Prunelle, directeur de Dennlys parc à Dennebrœucq dans le Pas-de-Calais admet par exemple que cela ne lui posera pas de problème : « Notre parc s’étend sur seulement 4 hectares. Nous pouvons accueillir au maximum 7000 personnes en même temps, donc en ce qui nous concerne, la jauge à 5000, ça va ».

Au parc Astérix en revanche, une telle limite est problématique : « Avec une jauge maximum à 5000 pour un site qui peut en accueillir 25 000, ça n’a pas de sens de rouvrir », assure Dominique Marcel. « Mais si on commence à 8000, cela correspond à un espace moyen de 50 m2 / personne. C’est sept fois celui d’un espace fermé de type cinéma ».

Un pass sanitaire « injustifié et inapplicable »

Date, jauge, tous les professionnels sont prêts à en discuter avec le gouvernement. En revanche, « il y a énormément d’arguments contre l’application du pass sanitaire », affirme Arnaud Bennet, du Snelac. « C’est une aberration complète. C’est injustifié et inapplicable. Injustifié, car nous sommes assimilés aux événements en espaces clos et inapplicable, car cela s’ajoute aux contrôles de sécurité imposés par Vigipirate, ce qui va créer des troubles aux caisses ».

Un avis partagé par Christian Prunelle : « Comment voulez-vous qu’on gère ? Nous suscitons des visites d’impulsion, décidées souvent au dernier moment en fonction de la météo. Ça va créer des bouchons. Ça consiste en quoi ? Avoir fait un test PCR les jours précédents ? Avoir été contaminé ? Avoir été vacciné ? Il faut un document pour le prouver. « 

La mesure est d’autant moins comprise que le public des parcs d’attractions n’est pas celui des vaccinodromes : « nous accueillons beaucoup de familles avec des jeunes parents et des enfants en bas âge, qui ne peuvent pas encore se faire vacciner », s’insurge M. Prunelle.

« Les gens veulent s’amuser »

Sur ce sujet le gouvernement ferait honneur à la tradition de l’exception française. Espagne, Belgique, Angleterre : ces pays se préparent aussi à relancer les manèges sans pass sanitaire.

En Belgique justement les premiers visiteurs sont attendus ce samedi 8 mai. Au Parc Saint-Paul à Villers-Saint-Paul dans l’Oise, on n’a « pas d’inquiétude en ce qui concerne l’ouverture des parcs belges », selon Etienne Montecchio, superviseur opérationnel.

Plus proche encore de la frontière belge, le directeur de Dennlys parc n’y voit pas non plus de concurrence déloyale : « Les gens tournent. J’ai régulièrement des visiteurs qui vont à Bellewaerde en Belgique ou à Bagatelle dans le Pas-de-Calais. Nous sommes plus complémentaires que concurrents ». La réouverture des parcs belges aurait même un avantage « ça va nous donner une idée de la tendance. Nous avons lu dans la presse que le parc de Bellewaerde avait écoulé ses entrées en pré-vente et était complet pour la réouverture. C’est un bon signe. Les gens veulent s’amuser ».

Des recrutements bien avancés

Alors en attendant le feu vert et les précisions sur les modalités, les parcs français se préparent. Tous ont finalisé ou presque finalisé leurs recrutements. Au parc Astérix, où l’on a besoin de plus de mille saisonniers, on se félicite du retour de 70% de ceux embauchés en 2020, un taux vingt points supérieur aux années précédentes : « Il y a beaucoup d’impatience de leur part et de la nôtre aussi ! », témoigne Marion Larvis, attachée de presse du village gaulois. Certains néanmoins rappellent pour se désister, après avoir trouvé ailleurs. L’absence de date claire pour la reprise ne rassurant pas les candidats.

Un phénomène constaté également à Villers-Saint-Paul : « Le recrutement est terminé à 75%. Mais ce n’est pas évident de trouver des managers. J’ai une cuisinière qui ne viendra pas devant l’incertitude », révèle Etienne Montecchio, superviseur opérationnel du parc Saint-Paul.

L’incertitude encore a poussé certains sites, à l’image de Dennlys parc, à repousser les signatures des contrats de travail « tant que la préfecture n’a pas donné l’autorisation de réouverture avec une date officielle », explique Christian Prunelle.

Un secteur déjà fortement fragilisé

Il faut minimiser les risques à l’approche d’un été crucial pour la survie du secteur. « Le parc Astérix a perdu un tiers de l’activité depuis le début de la saison en octobre. Certains parcs français ont connu une chute de 50 à 60% », assure Dominique Marcel, président directeur général de la Compagnie des Alpes, un groupe transnational qui a « perdu plus de 100 millions d’euro de chiffre d’affaires depuis le début de l’année ».

Malgré les prêts garantis par l’Etat (qu’il faudra de toute façon rembourser) les trésoreries sont au plus bas, obligeant souvent à annuler les investissements dans de nouvelles attractions, bien qu’« il faudra quand même en faire pour 2022 », confie Christian Prunelle, directeur de Dennlys parc.

Dominique Marcel est d’ailleurs convaincu que l’après covid sera une période « très favorable ». Mais d’ici là, il va falloir faire comme dans les montagnes russes : bien s’accrocher et ne pas paniquer.





Source France 3

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