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Trop de locations Airbnb à Granville ? La municipalité réclame plus de régulation pour faire baisser la pression



A Granville, le nombre de nuitées en location de courte durée a grimpé en flèche l’an dernier. Un collectif breton est venu ce samedi en Normandie évoquer la situation de Saint-Malo où une réglementation stricte a été mise en place. La municipalité granvillaise aimerait bien s’en inspirer.

« Le pire que j’ai eu c’est il y a quatre ou cinq ans, lors d’un carnaval. Soit disant, c’était trois gendarmes qui louaient. A mon avis, ils étaient quinze là-dedans. Durant la journée, on a vu passer des matelas devant nos fenêtres. Tout ce monde-là était bien évidemment ivre mort. On a été réveillé à 4 heures du matin dans un fracas épouvantable. » Françoise est propriétaire depuis onze ans à Granville dans une co-propriété de quatre appartements. « Je suis la seule à ne pas faire de Airbnb« , raconte la retraitée, « Je me suis battue avec les trois autres copropritéaires. Les choses se sont un peu calmées. Mais c’est compliqué« .

Pour cette Granvillaise, « le phénomène (Airbnb) se répand à la vitesse grand V » dans la ville. Et elle craint que celui-ci prenne des proportions similaires à celles observées dans la capitale « avec des immeubles entiers qui se sont transformés en hotels« . Alors, elle a bien volontiers répondu à l’invitation du collectif « Saint-Malo, j’y vis, j’y reste » venu, de sa propre initiative, « porter un message d’espoir » aux habitants de la petite ville normande. Objectif : « essaimer » le mouvement impulsé dans la cité portuaire bretonne.

À Saint-Malo, « le règlement le plus drastique de France »

Avec une augmentation de 24% entre 2018 et 2019, la cité corsaire a été l’une des villes françaises les plus impactées par les locations touristiques dites de courte durée, des locations qui transditent notamment via la plateforme américaine Airbnb. « A Saint-Malo, a été mis en place le règlement le plus drastique de France qui permet vraiment de réguler, de réguler ce type de locations puisqu’il y a des quotas qui sont imposés par quartier« , se félicite Franck Rolland, à la tête du collectif malouin, « Il y a aussi une décision de justice (un appel est en cours) qui fera peut-être jurisprudence : elle permet d’interdire une activité commerciale de location de courte durée chez soi en raison des nuisances.« 

Dans le café où une dizaine de personnes se sont rasemblées, la réunion commence par le témoignage de Véronique, membre du collectif « Saint-Malo, j’y vis, j’y reste », qui raconte à l’assistance « le calvaire » qu’elle vit depuis six ans dans son immeuble transformé « en hall de gare » par « une personne qui, bien sûr, ne vit pas là« . Selon Franck Rolland, le collectif ne réclame pas l’interdiction pure et simple de la location de courte durée mais sa régulation. « On est contre les multipropriétaires qui ont trois, quatre, cinq voire six appartements et qui ont dévoyé le principe qui est intéressant. Il y a 30 à 40% de multipropriétaires qui utilisent cette procédure pour faire du business« . Un business générant de la spéculation immobilière et entrainant pêle-mêle, outre des nuisances, « la transformation des commerces, une diversification de la population moins importante – les familles ont beaucoup plus de mal à s’installer – d’où quelques fois la disparition de services publics, la difficulté pour les salariés de trouver un logement et par conséquence des entreprises qui hésitent parfois à s’installer.« 

« C’est pas d’aujourd’hui que le marché est tendu »

Sur le marché de Granville, ce discours alarmiste ne semble pas trouver beaucoup d’achos. « C’est très bien pour Granville, ça fait des touristes. Même pour des courts séjours, ça fit vivre le commerce« , estime un quadragénaire, « Ce n’est pas une grosse problématique. Ce sont des logements qui seraient peut-être vides s’ils n’étaient pas loués en Airbnb. Je sais qu’il y a des gens qui ont du mal à trouver des locations à l’année mais ils arrivent à trouver autour de Granville donc ce n’est pas un souci pour moi. » Thérèse possède un appartement qu’il lui arrive de louer en Airbnb quand elle ne le prête pas à ses enfants. « Ça reste marginal. Je ne cherche pas à le louer toute l’année », plaide la propriétaire, « Il y a un juste milieu entre celui qui loue toute l’année et celui qui loue de temps en temps. » Pour un autre retraité, « c’est pas d’aujourd’hui que le marché immobilier est tendu à Granville. Ça fait 20 ou 30 ans parce que tout le monde veut habiter au bord de la mer.« 

Le maire de Granville évoque pourtant « une situation inquiétante » du marché immobilier. « Depuis la crise du covid, c’est devenu inaccessible aux locaux puisque les Parisiens, notamment, ont acheté, faisant monter les prix« , explique Gilles Ménard, « En parallèle, on a cet usage des locations touristiques de courte durée qui explose : on a rencensé 54 000 nuitées en Airbnb en 2020 contre 47 000 en 2019, soit une évolution de 20%. Ça fait 150 nuitées par jour ce qui est vraiment important. » Pour autant, le maire de Granville l’assure, « il n’est pas question de mettre la ville sous cloche, les gens qui fréquentent ce genre de locations font vivre les commerces locaux, fréquentent les restaurants et etrrasses, pour nous c’est très important.« 

Plus de régulation pour faire baisser la pression

En revanche, la municipalité aimerait bien faire baisser la pression sur le marché immobilier en imposant un peu de régulation. Comme à Saint-Malo, « on souhaiterait que la ville de Granville soit reconnue en zone tendue. Ce classement permettrait d’actionner certains leviers comme l’imposition de quotas pour les locations de courte durée. Ce qui permettrait à certains propriétaires de réfléchir et de remttre leurs biens sur le marché de la location de courte durée« . Ce classement, rendu possible par la loi Alur, est établi par l’Etat. Après avoir essuyé un premier refus de la préfecture de la Manche, la Ville de Granville compte prochainement déposer une deuxième demande.

 





Source France 3

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